Ce qu’on lit, ce qu’on entend sur le clavicorde

« Le clavicorde est un instrument totalement différent du clavecin. Par un certain aspect, il se rapproche du piano dans la mesure où une certaine gradation de l’intensité du son peut être obtenue par un toucher plus léger ou plus appuyé. Ces nuances sont toutefois extrêmement limitées, dans la mesure où l’étendue dynamique totale du clavicorde varie d’un pianissimo à un mezzopiano au maximum. Les personnes qui l’entendent pour la première fois risquent fort d’éprouver une totale déception, même à l’égard de leurs plus modestes attentes. Elles s’étonneront que quiconque puisse trouver du plaisir à un son aussi ténu. Il est pratiquement impossible de faire la démonstration du cavicorde devant une assemblée de quelque importance, car sa sonorité porte à peine plus qu’à une très faible distance. Ce fait rend l’instrument entièrement inapte à une exécution publique. Ce n’est qu’en en jouant soi-même qu’on en découvre les remarquables qualités. Les musiciens, du seizième au dix-huitième siècle, surtout en Allemagne, appréciaient profondément ce qu’on appelait le « beseelter Ton » – un son animé d’une vie intérieure – du clavicorde. Il n’existe pas d’autre instrument qui favorise une union aussi complète entre l’instrument et la main, entre l’oreille et l’esprit. Il n’en existe pas non plus qui récompense aussi pleinement quiconque veut bien se donner la peine d’écouter son timbre enchanteur » (Willy Apel, « Masters of the Keyboard », Harvard University Press, 1947).

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