Antonio de Cabezon Tiento del octavo

Enregistré printemps 2011.

Version ornementée

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Version peu ornementée

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J’ai réalisé ce double montage pour illustrer une question qui revient toujours s’agissant de l’exécution des tientos de Cabezon (et plus généralement de la musique de cette époque). De manière générale, on sait que le rapport entre texte écrit et exécution musicale n’est pas le même que dans la musique classique. Le rôle de la musique écrite était beaucoup plus restreint ; celui de l’improvisation (selon des procédures par ailleurs bien définies), était beaucoup plus important. Dans le cas de Cabezon, à cela s’ajoute le fait que lui-même, étant aveugle, ne pouvait ni lire ni écrire, et que donc l’improvisation était la base de toute son activité musicale.

La conséquence est qu’il est conseillé de ne pas suivre simplement le texte musical tel qu’il est écrit, mais qu’il convient de l’animer par de nombreux ornements et figures, et que cela fait partie du mode d’expression propre à cette musique. Dans le cas de la musique espagnole pour clavier, il s’agit de fréquents recours à des ornements (quiebros) et à diverses formules ou « glosas » (énumérées dans les traités de l’époque) qui permettent de relier une note à la suivante, suivant que l’intervalle entre elles est une seconde, une tierce, etc. Je renvoie à ce sujet au remarquable travail de Barry Ife et Roy Truby, en introduction au recueil « Early Spanish Keyboard Music, An Anthology », Volume I, Oxford University Press 1986 (de telles énumérations de formules de liaison entre notes successives constituaient déjà une part importante du traité de Paumann en Allemagne, vers 1450).

Il est vrai que parfois le recours à ces figures aide à animer, à rendre plus vivante l’exécution de cette musique.

Cependant, un abus d’ornements peut aussi rendre plus confuse la ligne mélodique de base. On peut préférer la pureté de la ligne mélodique à un excès de figurations. On aurait la caution de M.S. Kastner (éditeur de recueils de pièces de Cabezon chez Schott) : «l’application à la musique de Cabezon de figurations préfabriquées (plateresker Gebärden) ne saurait convenir à chacun, et plus d’un préférera la simplicité et la merveilleuse et plane tranquillité (ruhige Ebenheit) du texte original à quelque ornementation ou modification que ce soit (…). L’un et l’autre peut donc se justifier : avec ou sans ornementation et libertés rythmiques » (préface au recueil « Cabezon, Claviermusik », Ed. Schott, ED 4286; ma traduction).

Il en résulte ce qu’on pourrait appeler une question de dosage, une question difficile à résoudre et qui se présente chaque fois différemment. Il n’existe pas de recette définitive. Comme je ne puis m’arrêter à une solution qui serait la seule bonne, j’ai choisi de jouer cette pièce deux fois, dans une version à peine ornementée, puis dans une version plus ornementée, pour illustrer le problème.

Remarquez que si la version ornementée proposée ici ne vous plaît pas, cela ne veut rien dire contre le principe selon lequel ornements et gloses sont recommandés. Peut-être les ornements que j’ai choisis ne sont pas les plus appropriés (j’ai cherché à varier les ornements ; mais le type de grupetto que j’utilise à trois reprises n’est peut-être pas conforme aux pratiques de l’époque ; peut-être aussi je l’ai joué un peu trop serré. A discuter).

Enfin, je voudrais dire quelque chose de la pièce elle-même. Je commence (encore !) par une citation de Kastner : parlant de ce tiento, il lui trouve des analogies avec deux autres compositions, respectivement de Buus et d’Andrea Gabrieli, et il ajoute : «Le thème par nature mélodieux et plein de charme a donné à chacun des trois maîtres l’occasion de créations musicales fraîches et innocentes comme une rosée, qui sont comme les premiers crocus sur une prairie printanière. On croirait que sur elles veille le symbole de la licorne, tant ces pièces sont empreintes de pureté, de douceur et de grâce » (postface au recueil « Cabezon, Tientos und Fugen aus den Obras de Musica », Ed Schott no 4948; ma traduction). Je ne sais malheureusement pas m’exprimer de manière aussi fleurie, et je ne m’y connais pas en licornes ! mais je suis moi aussi totalement sous le charme de cette pièce de Cabezon. Je dirais qu’elle est l’une des trois ou quatre pièces de musique qui me tiennent le plus à cœur, avec disons… l’Ave verum de Mozart, le mouvement lent du quintette de Bruckner et le troisième concerto de Bartok (cela n’a rien à voir direz-vous ? pas si sûr… j’y vois les inspirations musicales les plus fraîches qu’on puisse concevoir).

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