Antonio de Cabezon Tiento sobre « Qui la dira » Ob (4)

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La mélodie populaire sur laquelle ce tiento est construit est la même qui est utilisée dans un madrigal d’Adrian Willaert sur les paroles « Qui la dira, la peine de mon cœur / Et la douleur que pour mon ami porte / Je ne soutiens que tristesse et langueur / J’aimerais mieux certes en être morte ». Chez Willaert, c’est traité à cinq voix, dont deux (ténor et contre-ténor) se répondent en canon. Cabezon, qui en reprend les motifs, les traite très différemment, et en fait une pièce à quatre voix.



On notera que la deuxième partie de ce tiento (correspondant aux mots : « Et la douleur ») se joue sur un motif ascendant et avec un traitement harmonique très proche de celui que nous avons rencontré dans le tiento Ob (2), abtouissant à une quinte augmentée très expressive :
Certains élément de la pièce suggèrent une musique de deuil. Ainsi la formule qui précède l’épisode de conclusion: ré – do – la, un motif que l’on désignera dans les « tombeaux » du siècle suivant comme un « sanglot »:

C’est exactement ainsi que se conclut le premier épisode de la pavane de Tomkins pour la mort de Lord Strafford. Et, autre trait commun avec cette pièce, le motif sur les mots « certes en être morte », juste avant la fin, revient une dernière fois à l’aigu, exactement comme le motif funèbre de la pavane de Tomkins revient une dernière fois à l’aigu dans le passage mentionné:

On pourra penser que la relation faite avec une musique d’un virginaliste anglais, surtout comme ici s’agissant d’une pièce composée plusieurs décennies plus tard, est un peu forcée. Peut-on admettre que le séjour anglais de Cabezon avec la cour du prince Philippe ait suffisamment marqué les musiciens anglais pour doter la tradition musicale de ce pays de formules qui seront encore utilisées plusieurs décennies plus tard? En tous cas, on sait que Cabezon a pu, à cette occasion, avoir des échanges avec Tallis et avec Byrd, qui était alors un jeune élève de Tallis. Ce n’est d’ailleurs pas le seul rapprochement que l’on puisse faire entre cette pièce et la musique des virginalistes anglais. Ainsi la marche ascendante en longues valeurs, avec une tension harmonique croissante à chaque pas, que nous avons relevée dans ce tiento comme dans Ob (2), se retrouve dans des pavanes de Bull.

Enfin nous rencontrons, au début de l’épisode de conclusion, un motif que nous connaissons déjà par les tientos Ob (1) et Ob (2), à savoir une gamme descendante en noires avec imitation à deux noires de distance:

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