Pourquoi je ne me suis pas occupé du « journal » ces derniers mois

Je travaille toujours à l’article « Evolution de l’art du tiento chez Cabezon » (sur ce blog dans la rubrique « Enregistrements commentés »); je commence à en voir le bout. Par ailleurs, j’ai terminé ces derniers temps l’enregistrement de tous les tientos de Cabezon (j’en ai refait un certain nombre). Vous les trouverez sur audioplayers dans l’article « Evolution de l’art du tiento chez Cabezon » . J’en ai fait un CD que vous pouvez obtenir par un message à la rubrique « Contacts ».

Tout cela a représenté un gros travail et explique pourquoi je n’ai pas pu m’occuper ces derniers mois de la rubrique « Journal ».

J’envisage d’ouvrir un blog spécialement consacré aux tientos de Cabezon, qui contiendra les trois articles « Tientos de Cabezon extraits du recueil « Obras de musica » (1578) », « Tientos de Cabezon extraits du recueil « Libro de Cifra nueva » (1557) », ainsi que celui « Evolution de l’art du tiento chez Cabezon ». Je pense qu’il faudrait d’abord traduire ces trois articles en anglais (et/ou en espagnol ?) mais il faut trouver un traducteur… et le payer!! Un (des nombreux) problème(s) que je n’ai pas résolu.

Ce que j’aime avec le blog…

Ce que j’aime avec le blog, c’est d’abord la diversité des moyens à disposition: texte, illustrations, tableaux, photos, mais aussi enregistrements musicaux qui peuvent être insérés grâce aux audioplayers, et enfin vidéos.

Mais c’est surtout le fait que ce n’est jamais achevé. Bien sûr il y aura un moment où cela cessera, où ce blog sera abandonné, soit que j’aurai cessé de m’y intéresser, que je serai malade ou mort… et alors il en sera de ce blog comme des très nombreuses épaves qui hantent la toile et dont plus personne ne s’occupe. Mais en attendant,ce sera toujours en chantier, jamais une totalité achevée. Et j’aime cela.

Par ailleurs,la diversité de moyens implique que l’on est amené à se familiariser avec toutes sortes de techniques, pour pouvoir utiliser les logiciels appropriés (pour réaliser les montages des enregistrements, pour les convertir en mp3, pour monter les vidéos, etc). Et il y a chaque fois des moments où rien ne marche, on tourne en rond, où on est désespéré… Finalement,à force de chercher, on trouve le truc! mais sur le chemin on a envisagé toutes sortes de fausses « solutions » qui se sont avérées être des impasses, et après-coup, alors que la bonne solution paraît évidente, on pense avec amusement à tout ce qu’on a essayé inutilement.

Mais ces techniques ne doivent pas être vues comme un but en elles-mêmes, elles ne sont qu’un passage obligé dans l’espoir que le travail proprement musical ne soit pas à usage purement interne, mais qu’il devienne une occasion d’échange, aboutisse à la création d’un « objet » accessible à d’autres. <à suivre>

Echanges avec MPJ

Cette rubrique s’appelle « journal »: mais comme vous l’avez vu, je n’y ajoute pas assez souvent des billets pour mériter ce terme! Il faudrait en ajouter, sinon tous les jours comme pour un vrai journal, au moins toutes les semaines. J’ai l’excuse que depuis cet été, j’ai beaucoup travaillé sur le blog en ajoutant les commentaires sur les compositeurs et les oeuvres enregistrées et sur d’autres sujets.

Je signale aujourd’hui un échange de correspondance où sont discutées des questions éventuellement intéressantes pour les lecteurs de ce blog. MPJ est une amie avec laquelle nous avons eu des échanges à propos de claviers anciens et à propos de compositeurs de la renaissance et du premier baroque, lors de promenades, soit dans le sud de la France, soit à l’occasion d’un récent anniversaire d’une amie commune.

MPJ m’écrit:

Bonjour Jean!
Que du plaisir à te lire… et à t’écouter bien sûr! J’apprécie beaucoup les commentaires sur les oeuvres. Je souhaiterais la date de composition mais j’imagine que tu as tes raisons pour ne pas la donner.
J’ai bien aimé la présentation de ta démarche. C’est personnel, drôle; je retrouve tout-à-fait ta manière de raconter!
Quelle expérience que la rencontre avec cet instrument. Bien sûr, je n’ai pas lu les explications plus techniques car il me manque les connaissances pour comprendre. Ton allusion à Uzès m’a rappelé aussi d’excellents souvenirs.
Une question: les basses sonnent un peu étrangement. Est-ce dû à l’ordinateur (il faut que je trouve comment transférer la musique) ou au clavicorde?
Merci pour me (nous) associer à tes talents dans ce domaine!
Amitiés

Ma réponse:

ton message m’a fait un grand plaisir, je me réjouis de poursuivre la discussion avec toi sur ces sujets.
Sur la questions des basses au clavicorde, je dois réfléchir à ta question, je ne puis encore te répondre, il faudra faire quelques essais.
Sur la question de l’évolution de l’art de Cabezon entre la première publication et celle posthume réalisée par son fils (tu étais intéressée par cette question lorsque nous en parlions en promenade à l’anniversaire de …), ce sujet me passionne mais pour l’illustrer il faudra que je prépare des enregistrements de plusieurs pièces de chaque période, alors on y verra probablement plus clair.

Réponse complétée quelques semaines après:

Tu soulèves deux questions intéressantes.

Pour les dates de composition, il y a là en effet quelque chose à compléter. Je pense que je vais le mentionner d’office en tête des commentaires sur les œuvres (ajouté le 21.10.2011: c’est fait, je l’ai ajouté depuis). Naturellement, on ne connaît pas toujours cette date. Si la composition est liée à un événement précis, ce qui n’est pas la règle, alors on la connaît. C’est le cas pour le lamento de Froberger à l’occasion d’un deuil dans la famille impériale, célébré solennellement (1654). Mais bien souvent on ne peut que le supputer, parfois à quelques années près… parfois à plusieurs dizaines d’années près. Ainsi pour le cas de Merulo, qui a certainement improvisé et composé des toccate toute sa vie ; il a été nommé organiste de St-Marc à Venise en 1557, à 24 ans ; il n’a publié les toccate qu’en 1598. Il est probable que beaucoup des pièces de ce recueil existaient, soit à l’état d’ébauche, c’est-à-dire de canevas pour ses improvisations, soit dans leur état définitif, longtemps avant cette publication.

Pour la question de la résonance particulière des basses dans ces enregistrements, je pense qu’il est probable que ce soit lié à l’instrument lui-même plutôt qu’à ton installation. Le timbre du clavicorde dans les basses est en effet assez particulier. Cela tient en partie au fait que la tangente, en touchant la corde, la soulève inévitablement un peu, ce qui influe sur la hauteur du son. Tu le verras bien sur la vidéo qui sera bientôt publiée sur le blog. De ce fait, dès qu’on joue… on joue un peu faux; il y a une sorte d’instabilité du son qui peut être déroutante. Ce phénomène est plus marqué dans le registre grave (d’ailleurs il est particulièrement difficile d’accorder les cordes graves du clavicorde). On peut voir cela comme un défaut. Mais si on accepte cela comme faisant partie du mode d’expression propre à ce type d’instrument, on peut trouver un charme particulier à ce timbre un peu étrange.

Nb il importe de ne pas régler le volume trop fort, il peut en résulter une déformation du timbre.

Ceci dit, je n’exclus pas qu’il y ait quelques fausses notes, entre autres à la basse, dans mes exécutions !

Comment j’imagine la suite du projet

(Rédigé le 8 août 2011) Ce qui importe, c’est la suite du projet sur le plan musical. Mais d’abord, sur le plan technique, il s’agit de rendre le blog publiable et de résoudre le problème de la compression des enregistrements, car la perte de qualité du timbre me paraît trop importante avec le mp3 (ajouté le 21.10.2011: grâce aux conseils d’amis ou de partenaires internautes, j’ai depuis lors résolu la question de la manière la plus satisfaisante possible).
Sur le plan musical, je pense avoir effectué, avec les treize pièces enregistrées jusqu’ici, une première « traversée » dans le répertoire de l’instrument, avec des pièces allant de env. 1530 à env. 1660. Pour la prochaine « traversée », j’imagine visiter l’ensemble de pièces du manuscrit de Castel’Arquato; éventuellement le premier ricercare de Marco Antonio d’Urbino; deux pièces d’Andrea Gabrieli dont en tous cas le premier Ricercar arioso; une fantaisie de Byrd, peut-être celle en sol, et peut-être aussi celle de Peter Philips sur le même thème; enfin, pour le domaine allemand du XVIIème, des pièces de Scheidemann.
Mais surtout, je pense qu’il y aura, et ceci lors de chaque « traversée », une ou plusieurs pièces de Cabezon. Ce qui me passionne surtout à ce sujet, c’est d’essayer de saisir l’évolution qui s’est faite entre les pièces du recueil de Venegas de Henestrosa (VH), c’est -à-dire des pièces appartenant à la première période de l’activité créatrice de Cabezon, et celles publiées par son fils, après son décès, dans les « Obras… », donc les pièces de la dernière période (mêlées semble-t-il à des pièces plus anciennes mais ne figurant pas dans le recueil de VH). Comment décrire ce qui s’est passé? W.Apel donne des caractéristiques formelles pour distinguer les pièces des deux périodes, cela ne me paraît pas satisfaisant (les critères qu’il donne ne « marchent » pas toujours), et en tous cas pas suffisant pour décrire cette évolution. On aurait envie de reprendre l’expression utilisée par le livre des Massin sur Mozart, de parler d’ «approfondissement du chant intime ». Mais ce qu’il faut faire pour aborder le problème, c’est de jouer plusieurs des pièces du début et de jouer celles de la dernière période. J’y vois une des tâches centrales du travail dans le cadre de ce blog

Une expérience pénible

4 août 2011. – Voilà, ce journal par billets (d’humeur? de réflexion?) constitue la suite des « Récits » I et II (voir la fin de Récit II).

J’ai mis sur CD les enregistrement des 12 pièces dont la liste se trouve sur ce blog en tête de la rubrique « Enregistrements commentés ». J’ai envoyé une copie du CD à mon ami de Rostock dans l’atelier duquel a été réalisé l’instrument. J’ai aussi eu une rencontre avec Christophe, l’administrateur du blog, pour la discussion de toutes sortes de détails qu’il faut mettre au point avant que le blog soit édité.

Hier, j’ai eu une expérience pénible: j’ai fait entendre des parties de ce CD à ma soeur et à mon beau-frère, en séjour chez nous. C’était visiblement, pour reprendre les termes d’Apel, bien plus du « thorough disappointment » que le régal d’un « enchanting sound »…. Silence un peu gêné à la fin… visiblement ça ne leur plaisait pas trop, en tous cas pas à lui.

C’est vrai qu’il faut se faire au mode d’expression propre à l’instrument. Et surtout il faut dire que mon installation Hi-Fi à la maison (dont Madeleine se plaint depuis longtemps, alors que pour mon compte je trouvais que ça allait et qu’il ne fallait pas attacher trop d’importance à la qualité du son, la musique ce n’est pas de l’acoustique… vous voyez ça) n’est pas fameuse et ne rend absolument pas la « chair » du son de l’instrument (c’est à dire surtout ce qui se passe entre les attaques des notes). Et puis, dans l’aigu, le son devenait nasillard, désagréable à entrendre, d’une maigreur piteuse… A mon bureau, où j’ai simplement de petits haut-parleurs juste bons pour l’ordinateur, j’ai l’impression que cela sonne beaucoup mieux, que le son a tout le « corps » qui lui revient.

Après l’expérience d’hier j’ai réécouté ce matin, pour me rassurer, le disque avec mes petits haut-parleurs de bureau et j’ai trouvé que c’était bon et que le disque rendait bien le son. J’avais aussi peur que ce soit la copie sur disque qui soit défectueuse, à force de passer du logiciel Sound Forge à ma rubrique « musique » sur l’ordi, de là sur une clé USB, év. retour à Sound Forge, retour à Musique, à clé USB, finalement à Windows Media, enfin sur le disque… Mais non, rien n’est perdu du fait de la copie.

La leçon de toute cette histoire, et c’est pourquoi je la raconte ici,c’est que la musique au clavicorde est très fragile, et dépend beaucoup des conditions (acoustiques, car pour les conditions psychiques, je crois que mon beau-frère était attentif et au départ bien disposé) dans lesquelles elle est écoutée. Ecoutée dans des conditions acoustiques médiocres, même avec la meilleure volonté du monde, cela peut être affreux.

Et puis il faut se dire que de toute manière la musique jouée sur ce type d’instrument ne peut pas plaire à tout le monde. Et pourtant, je me suis mis à aimer ce timbre… et je voudrais que tout le monde y trouve du plaisir.